Choisir une selle

Pour le cavalier qui cherche une selle, plusieurs règles sont à respecter.

RÈGLE 1

CONNAÎTRE SON BUDGET
Le cavalier s’intéressera aux selles qu’il peut payer.
Quand un sellier affiche les prix des selles, il est inutile de lui demander des renseignements pour une selle à 1000 euros si on en n’a que 500. Tout le monde y perd son temps.

RÈGLE 2

SEUL LE CAVALIER CHOISIT
Quand le cavalier choisit des chaussures, il ne demande pas au fabricant de chaussures si la pointure est bonne. Quant il choisit une voiture, il ne demande pas au fabricant de voitures de conduire à sa place.
Les uns fabriquent, les autres achètent.
Le cavalier choisit le cheval, sachant, entre autres, qu’il aura à le seller.
Le sellier fabrique les selles, en montre les photos et indique les tailles, dimensions et mesures suffisantes au choix de base.

RÈGLE 3

CONNAÎTRE SON CHEVAL
Le cavalier qui a acheté le cheval en vue de le monter en connaît nécessairement la morphologie, la locomotion, le caractère, la destination, l’éducation et le dressage.
Le sellier, dans le cas où il a vu le cheval en photo, n’en connaîtra que la morphologie et indiquera les selles possibles selon ce seul critère, qui revient aux tailles, dimensions et mesures données pour chaque selle. S’il l’a vu en réalité, il en connaît davantage.
Mais toute consultation de spécialiste a un coût.

RÈGLE 4

CONNAÎTRE SON ÉQUITATION
Le cavalier a monté le cheval qu’il a acheté, il a donc certaines compétences en équitation.
Il sait ce que connaît le cheval, et réfléchit à ce qu’il va être capable de lui apprendre en fonction de la selle qu’il choisira, quelque soit la pratique envisagée.
Le sellier peut l’accompagner dans cette réflexion.
Mais toute consultation de spécialiste a un coût.

 

CONSULTATIONS CHEVAL-SELLE-CAVALIER

Le but d’une consultation est de proposer une analyse de la morphologie et de la locomotion du cheval en main et monté, de l’équitation du cavalier, et de définir la géométrie de la selle nécessaire au bon fonctionnement du couple quelque soit la discipline pratiquée.

Le coût de la consultation est de 100 euros par cheval et par cavalier, la durée de 2 à 3 heures.

Les consultations peuvent se dérouler chez moi, ou à ailleurs avec frais de déplacement.

 

QUELQUES DONNÉES ÉLÉMENTAIRES SUR LA SELLE

Aujourd’hui, la plupart des cavaliers qui cherchent une selle sont conscients de la nécessaire adaptation de la selle à la morphologie du cheval. C’est un bon début.
Peu en revanche savent l’influence de la locomotion sur le développement morphologique, et moins encore celle de l’équitation pratiquée sur la locomotion et donc sur la morphologie.
Toutes disciplines confondues, les cavaliers connaissant l’impact direct de la selle sur l’équitation pratiquée, par les deux facteurs essentiels que sont la position et la transmission, sont une infime minorité.
Les selliers sont malheureusement encore moins nombreux, ceci expliquant cela. Si tous les selliers proposaient des selles justes (on verra plus loin ce qu’est une selle juste), les cavaliers, même ignorants en équitation, auraient au moins un ressenti juste qui aurait quelques chances de les conduire à une équitation
juste, c’est-à-dire efficace, économique de moyens, précise, discrète et préservatrice du cheval comme de l’humain, que ce soit en promenade, en endurance, en voyage, en dressage ou en équitation de travail.
On en est très loin, et c’est pourquoi ces lignes s’adressent autant aux jeunes selliers qu’aux cavaliers. Si elles contribuent à l’avancée de la connaissance et au bien-être des chevaux, je n’aurai pas perdu mon temps.

Partons donc de la morphologie.
La zone qui nous intéresse ici directement est l’endroit ou repose la selle, à savoir les muscles situés de la verticale du creux de l’épaule jusqu’aux lombaires.
On peut d’ores et déjà tordre le coup à une théorie qui veut que la selle n’aille pas au-delà de la 17ème dorsale, sous peine de blesser immanquablement le cheval. Quiconque connaît la plupart des selles de travail de par le monde et connaît la structure musculaire et osseuse du rachis sait qu’une selle peut aller
jusqu’aux lombaires sans dommage si elle est correctement construite et utilisée. On remarquera d’ailleurs que cette théorie est véhiculée principalement par des selliers ou des cavaliers qui ne connaissent que la selle anglaise (il est tristement humain de prétendre que ce que l’on ne sait pas faire ou utiliser est
mauvais…), laquelle est conçue sur une arçonnerie – qu’elle soit fabriquée en France ou ailleurs- qui ne permet pas une longueur conséquente sans générer de désordres du fait de la position aberrante du cavalier qu’elle engendre (j’y reviendrai).
J’entends également parfois dire qu’une selle ne va pas parce qu’elle touche les épaules… Heureusement, sinon je ne vois pas bien comment elle ne partirait pas sur l’encolure ! Après, il y a une différence entre toucher et comprimer (et je rappelle que la structure trapézoïdale des épaules fait que le scapulum s’efface en grande partie sous la base de l’arcade avant quand l’antérieur est au soutien…).
On remarquera aussi a anteriori que le choix du cheval doit correspondre à la morphologie du cavalier. Comment s’étonner, dès lors qu’on mesure 1,75 m et/ou pèse 80 kg de « ne pas trouver de selles qui va » si on a choisit un poney d’1,3 m et 200 kg ? Le sellier ne peut rien contre ce type d’incohérence.
Personnellement, je n’ai pas la solution pour fabriquer une selle de 35 cm de long côté cheval avec un siège de 42 cm pour le cavalier…
Deux critères sont donc à prendre en compte ; la forme du dos, plus ou moins creux, plus ou moins tendu, qui indiquera le galbe minimal de la selle (essayer une selle seulement en la posant sur le dos du cheval est toujours insuffisant, je rappelle que certains chevaux, la plupart en fait, et les cavaliers n’y sont pas
pour rien, creusent le dos montés, alors que d’autres l’élèvent), sachant en tout état de cause qu’il vaut mieux trop de galbe que pas assez, et, second point, la largeur du garrot.
C’est là que ça commence généralement à se gâter…

Pour quasiment tout le monde, déterminer la largeur du garrot, quelque soit l’outil de mesure employé, donne ipso facto l’ouverture de l’arcade avant de la selle (de la même manière que des bottes de 42 devraient aller à un cavalier qui chausse du 42). Si le cheval était un être statique, cette prise de mesure, importante (je ne dis pas nécessaire, quelques très bons cavaliers s’en dispensent sans problème, mais c’est un sujet beaucoup plus complexe que ces quelques propos généraux) suffirait, mais elle est souvent insuffisante (je ne dis pas toujours, certains chevaux ont des formes de garrot qui exonère de plus longues investigations), et c’est ici que la locomotion est à considérer.
Avant cela, dès que le cavalier met le pied à l’étrier, une évidence apparaît : les chevaux à garrot noyé sont toujours problématiques. Avant même de bouger, l’absence de garrot sorti compromet la stabilité de la selle et nécessite de sangler à outrance et d’utiliser collier de chasse et/ou croupière.
Pour un cavalier, choisir un cheval sans garrot est grandement se compliquer la tâche… Et là encore, le sellier n’y pourra pas grand-chose, on n’empêche pas une selle, même « sur-mesure », de tourner sur un cheval rond (il est possible, pour un cavalier érudit, de « sortir » le garrot d’un cheval de plusieurs cm en quelques années, mais c’est un autre sujet…).

En observant les garrots épais, on remarquera l’existence d’un muscle de part et d’autre des apophyses -là où porte la base de l’arcade avant de la selle-, le trapèze thoracique, qui se contracte -et donc accroît son épaisseur- à chaque fois que l’encolure du cheval s’incurve du côté considéré -ou à chaque fois que l’antérieur est au soutien-, et ce d’autant plus que le cheval aura une locomotion tête en l’air et dos creux, locomotion innée ou acquise ou renforcée par le cavalier (on trouve cette morphologie dans toutes les races, atténuée ou amplifiée par l’équitation pratiquée, par exemple un Quarter au garrot épais qui évoluera tête basse en extension d’encolure -type attitude de cutting- aura peu ou pas de problème, un Lusitanien au garrot idem monté en dressage de manière à lui fléchir les postérieurs s’en sortira peut-être, alors qu’un Arabe d’endurance monté « en poussant-tirant » par son cavalier va droit aux dorsalgies).
Cette contraction alternative des trapèzes thoraciques deux fois par foulée est à l’origine de 90% des apparitions de poils blancs au garrot par compression excessive des capillaires sanguins. Le cas, heureusement peu fréquent, d’aggravation jusqu’au « mal de garrot » peut arriver.
D’une manière générale, on considère que la pression sur le garrot, continue ou répétitive, sera nocive si la pression générale de la selle, compte tenu des épaisseurs et densités des panneaux et du ou des tapis dépasse 80 g/cm2. C’est une donnée à prendre en compte par les selliers dans la fabrication de la selle, et à savoir évaluer par le cavalier pour le choix du tapis devant équiper une selle et un cheval déterminés.
Passé l’ajustement du sanglage, important, et très simple (triangulation avec 75% de la tension sur le sanglon avant à la verticale du passage de sangle), le travail du sellier ne va pas plus loin côté cheval.
C’est du côté du cavalier qu’il va falloir se pencher pour résoudre le problème de la pression continue et répétitive, en la rendant aussi discontinue et non répétitive que possible. C’est toute la question de la fixité du cavalier, rendue possible par la géométrie du siège et le rapport entre son creux et l’étrivière.
Sans entrer dans les conditions anatomiques et équestres qui la sous-tendent (ces quelques lignes ne sont que des indications de base, pas un traité sur la sellerie ou l’équitation), tout sellier ou tout cavalier devrait connaître la règle fondamentale suivante de la selle juste :
LA DISTANCE ENTRE LE CREUX DU SIEGE ET L’ÉTRIVIÈRE NE DOIT JAMAIS DEPASSER 8 CM.
Elle peut être inférieure pour certains cavaliers, mais son dépassement engendrera toujours une diachronie entre le cheval et le cavalier, donc une position erratique et une équitation fausse.
C’est ce rapport, et rien d’autre, qui donne la position au cavalier et lui fixe l’assiette, donc ses jambes et ses mains, et permet l’équitation juste.
Le travail du sellier, que je n’aborderai pas ici car il dépasse l’entendement des non-spécialistes, consiste ensuite à positionner les hanches du cavalier en jouant sur la distribution des poussées de l’arrière du siège sur l’anatomie du cavalier -c’est-à-dire à libérer ses doigts- et à amplifier la vitesse de transmission entre le cheval et le cavalier par la structure interne de la selle.
On remarque alors facilement que 95% des selles dans le monde sont fausses… et que quelques cavaliers très fins, dans l’Histoire, se sont approchés intuitivement de la selle juste. Ils nous ont, pour certains, laissés d’excellents traités d’équitation.

La position juste sur une selle juste est donnée par le schéma suivant, et je n’en ai jamais vu d’autre :

 

position du cavalier